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À contre-courant des clichés : elles construisent leur avenir dans des métiers encore très masculins
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le GRETA-CFA Bretagne Sud met en lumière des parcours de stagiaires qui ont choisi de se former dans des métiers encore largement masculins.
Soudure, développement informatique, menuiserie, électricité… autant de secteurs où les femmes restent minoritaires, mais où leur présence progresse peu à peu.
À travers une série de portraits, découvrez les trajectoires de ces femmes en formation qui ont décidé de suivre leur voie, parfois à contre-courant des idées reçues. Reconversion professionnelle, envie d’apprendre, recherche d’un métier concret ou passion pour la technique : leurs motivations sont multiples, mais leur point commun est le même — oser franchir le pas.
Leurs témoignages rappellent que les compétences, la motivation et la curiosité n’ont pas de genre.
« Plus on sera nombreuses, plus ce sera normal » Portrait de Malicya Rémigéreau, soudeuse
Choisir la voie du métal : un défi assumé
À 22 ans, Malicya Rémigereau trace son chemin dans une filière encore très masculine : la métallerie et le soudage. Après un bac général, sans envie d’université mais avec le besoin de faire « quelque chose de manuel », elle s’interroge : menuiserie ou métallerie ?
Ce qui fera la différence : le défi.
« Devant un morceau de métal, je voyais quelque chose de plus complexe à façonner. C’est exactement ce que j’avais envie de tester », explique-t-elle.
Elle se forme donc au CAP Métallier avec le GRETA-CFA Bretagne Sud, puis travaille deux ans dans un grand groupe. Une expérience difficile, mais formatrice. C’est là qu’elle découvre un intérêt particulier pour le soudage, et décide en 2025 de revenir en formation pour se spécialiser. Aujourd’hui, elle est en emploi chez L2C, une entreprise de tuyauterie située à Caudan.
Une femme dans un métier d’hommes : lucidité et persévérance
En formation, la jeune femme ne ressent pas de différence : « Tout le monde part du même niveau, homme ou femme ».
C’est en entreprise que les choses se compliquent parfois.
Elle se souvient notamment d’« humour déplacé » ou de remarques sous-entendant qu’elle ne serait « pas à sa place » si elle ne tolère pas ce type comportements. « Mais tout dépend vraiment de l’ambiance d’entreprise. Il suffit qu’un homme s’oppose à ce type de posture pour que les autres suivent », souligne-t-elle.
Les préjugés portent souvent sur la force physique : « C’est discriminatoire parce qu’on s’arrête aux points négatifs. Oui je suis petite, mais je suis plus habile dans les espaces restreints ! »
Avoir une collègue femme dans ses équipes précédentes l’a aussi aidée à se sentir moins seule.
Trouver sa place : un tournant chez L2C
Le moment où Malicya se dit : « finalement on peut s’épanouir dans un travailler dit masculin »
« J’ai senti tout de suite une bonne ambiance. C’est une entreprise familiale, avec beaucoup de jeunes. Les mentalités évoluent : mes collègues ont des filles, des femmes, et sont plus sensibles au respect. »
Défis, doutes… et résilience
Le défi le plus difficile ? L’intégration.
« On se pose beaucoup de questions sur notre légitimité. On en fait souvent plus : plus d’heures, les tâches plus pénibles… Mais avec le temps, ça se calme. »
Elle évoque aussi des moments de doute, surtout lorsqu’elle a été confrontée à des conflits avec des collègues dans sa précédente expérience.
La confiance revient lorsqu’elle intègre la formation en soudage avec le GRETA-CFA Bretagne Sud : elle y est la plus expérimentée, entourée d’hommes qui la sollicitent pour progresser. « Ça m’a redonné le moral. »
Chez L2C, une autre perspective : « J’étais prête à encaisser… mais ça s’est très bien passé. J’ai trouvé ma place naturellement. »
Sa plus grande fierté ? « Accomplir des tâches qu’on pensait trop compliquées pour moi. »
« Allez-y ! » Un message pour les femmes
Malicya souhaite transmettre un message clair aux femmes qui hésitent à se lancer :
« Croyez en vous. Faites-vous confiance. »
Et ce qu’elle aurait aimé entendre dès le départ : « Si quelque chose est déplacé, un mot ou un geste, on est légitime à en parler. Ce n’est pas nous le problème. »
Enfin, un mot pour les femmes dans l’industrie de demain :
« Allez-y ! Plus on sera nombreuses, plus ce sera normal ! »
"La logique n'a pas de genre !" - Portrait de Coleen Conte, future développeuse d’applications
Apprendre sans cesse : un moteur puissant
À seulement 23 ans, Coleen Conte sait ce qui la stimule : apprendre, comprendre et évoluer dans un univers qui ne cesse de bouger.
C’est ce besoin de progression constante qui l’a menée vers le développement informatique, un secteur dont les innovations rythment chaque jour.
« Je cherchais un métier où l’apprentissage est continu. L’informatique est le secteur parfait car il ne cesse d’évoluer », confie-t-elle. Poussée par la curiosité et le goût du raisonnement, elle s’oriente naturellement vers une filière qui allie logique, créativité et rigueur.
Aujourd’hui, Coleen poursuit sa formation de Conceptrice Développeuse d’Applications avec le GRETA-CFA Bretagne Sud et se projette déjà dans une carrière où elle pourra contribuer à des projets concrets et stimulants.
Une femme dans la tech : trouver sa place et la prendre
Dans sa formation, Coleen ne ressent pas d’exclusion malgré une majorité masculine : « Je vis plutôt bien ma place de femme. Et je suis heureuse de ne pas être la seule ! »
Elle n’a pour l’heure pas été directement confrontée à des préjugés, mais elle reste lucide : les stéréotypes persistent encore dans l’imaginaire collectif. Elle est prête à les déconstruire, calmement mais fermement.
Un moment clé l’a particulièrement marquée : lors de son année de BTS SIO option SLAM avec le GRETA-CFA Bretagne Sud, un formateur lui dit :
« Je suis certain que tu apporteras beaucoup dans une équipe de développeurs. »
Une phrase simple mais fondatrice, qui l’a confortée dans sa voie.
Défis, doutes et solidarité
Comme tout parcours engagé, le sien n’est pas exempt de défis. La pression, l’autonomie, la complexité des projets : autant d’obstacles qui pourraient ébranler. Mais Coleen évolue dans un environnement d’entraide :
« J’ai la chance d’être dans une formation où on se serre les coudes. Je peux facilement me tourner vers certaines personnes pour avoir du soutien. »
Cette solidarité l’aide à dépasser les moments de doute et à gagner en confiance.
Son plus grand accomplissement ? L’obtention de son BTS, avec la meilleure moyenne de sa promotion. Une réussite qui valide ses efforts, sa rigueur et son engagement.
Si elle devait résumer son parcours : Défi. Évolution. Persévérance.
Briser les clichés : l’apport des femmes n’est pas limité au « créatif »
Pour Coleen, « On associe encore trop souvent les femmes du numérique aux métiers dits « créatifs » comme le design ou le graphisme, en partant du principe qu’elles seraient plus « sentimentales » et donc moins aptes aux domaines techniques ou logiques comme le développement ou la cybersécurité. Pourtant, la logique et les compétences techniques ne sont pas une question de genre. Les femmes ont tout autant leur place dans les métiers techniques du numérique. »
À celles qui hésitent à franchir le pas, elle dit : « Il faudra peut-être fournir plus d’efforts pour se faire une place dans un secteur encore majoritairement masculin, mais c’est l’occasion de prouver sa légitimité. Ne doutez pas : les femmes ont toute leur place dans le numérique. »
Trouver sa voie, un pas après l'autre - Portrait de Martha Durand, 30 ans, en reconversion vers le développement d’applications
D’une passion pour l’histoire à l’envie d’un métier concret
Après un parcours universitaire en histoire de l’art, Martha Durand ressent le besoin de se tourner vers un domaine plus concret, plus technique. « J’étais dans une impasse », confie-t-elle. Une amie en reconversion vers le développement informatique éveille alors sa curiosité. L’idée fait son chemin.
Elle entame une Prépa Compétences, un mois d’exploration pour tester, observer, coder, comprendre. Ce temps d’introspection transforme l’intuition en véritable projet professionnel : celui de devenir développeuse.
Aujourd’hui, Martha suit la formation Conception et Développement d’Applications (CDA) au GRETA-CFA Bretagne Sud, prête à se construire une nouvelle trajectoire.
S’ouvrir à un univers logique et créatif
Si Martha choisit cette filière, ce n’est pas par hasard. Avant sa reconversion, elle a passé des heures à analyser, structurer sa pensée et créer du sens en rédigeant un mémoire de recherche.
« J’aime la réflexion logique, la recherche, la possibilité de créer… et rester des heures devant un ordinateur ne me fait pas peur ! »
Le développement devient alors une évidence : un équilibre parfait entre technique, organisation et imagination.
Être une femme dans la tech : avancer malgré le syndrome de l’imposteur
Dans sa formation, Martha se sent globalement à l’aise, même si la majorité masculine demeure visible : « Je suis quand même contente de ne pas être la seule femme ! »
Elle n’a pas été confrontée à des préjugés, mais elle reconnaît que la route n’est pas si simple.
À la question « Quand vous êtes-vous dit : oui, ma place est ici ? », elle répond avec honnêteté : « Je n’y suis pas encore. Le syndrome de l’imposteur est encore présent. »
Un témoignage sincère et précieux, qui rappelle que la confiance se construit pas à pas, surtout dans un secteur en constante évolution.
Défis, doutes… et petites victoires qui font avancer
Entrer en formation CDA, c’est plonger dans un monde nouveau : « Il a fallu enregistrer énormément de connaissances et de méthodes de travail. »
Mais Martha n’est pas seule. La force de son parcours, c’est le collectif : « On était une dizaine. Avoir un groupe solidaire qui partage les mêmes difficultés et les solutions, ça aide énormément à ne pas se décourager. »
Les moments de doute se dépassent grâce aux petites réussites : « Quand on réussit à créer une application, même imparfaite, et qu’elle fonctionne… c’est un vrai sentiment de fierté. »
Fiertés d’aujourd’hui et de demain
Parmi ses réussites, Martha retient d’abord l’obtention de son BTS l’an dernier.
Mais pour elle, chaque projet terminé est une victoire : « À chaque fois, ce sont de nouvelles compétences acquises. »
C’est cette progression continue qui nourrit sa motivation.
Briser les clichés : une démarche à son échelle
Martha observe que beaucoup de femmes sont orientées — ou s’orientent d’elles-mêmes — vers le front-end, la partie visuelle des sites et logiciels.
« C’est un cliché… mais il est un peu vrai. »
Son regard est lucide, mais elle insiste sur un point essentiel : la diversité est indispensable.
« Le numérique touche tout le monde. Plus il y a de points de vue différents, mieux on peut répondre aux besoins de chacun. »
Conseils et inspiration pour les femmes de demain
À celles qui hésitent encore à se lancer dans le numérique, Martha adresse un conseil simple et encourageant :
« Il faut essayer et ne pas se laisser rebuter par la syntaxe du code. C’est moins compliqué que ça en a l’air. Une fois qu’on maîtrise les outils, les possibilités de création sont infinies. »