Le pôle format
ion numérique de Vannes
À contre-courant des clichés : elles construisent leur avenir dans des métiers encore très masculins - Partie 2
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le GRETA-CFA Bretagne Sud met en lumière le parcours de femmes qui choisissent de s’orienter vers des métiers encore largement masculins.
Gwendoline et Julie suivent aujourd’hui une formation en menuiserie. Deux parcours très différents, mais une même envie : travailler autrement, créer de leurs mains et trouver du sens dans leur activité.
Femmes en menuiserie : changer de voie et construire sa place
Se reconvertir pour retrouver du sens
Avant la menuiserie, Gwendoline exerçait comme infirmière. Un métier qu’elle a pratiqué longtemps et sous différentes formes, notamment comme infirmière scolaire puis en hospitalisation à domicile.
Mais au fil du temps, elle ressent un décalage de plus en plus fort avec son travail.
« C’est un métier qui est aujourd’hui très en souffrance. À un moment, je me suis dit que ce n’était plus aligné avec ce que je pouvais et voulais faire. »
Elle entame alors un bilan d’orientation, accompagné par une psychologue spécialisée dans la souffrance au travail. Une démarche qui va l’amener à explorer des pistes très éloignées de son univers initial.
« J’ai volontairement écarté tout ce qui touchait au social, à l’éducatif ou à la santé. Et c’est finalement la menuiserie qui est ressortie. »
Pour Julie, le parcours est très différent. Diplômée d’un bac +5 en histoire de l’art, spécialisée dans le marché de l’art, elle se destinait initialement au secteur des ventes aux enchères.
Pour mieux comprendre le mobilier ancien, elle avait déjà suivi une formation en restauration de meubles. Le bois ne lui était donc pas totalement étranger.
Mais après plusieurs années de contrats précaires dans le secteur culturel et la fermeture brutale de son lieu de travail, l’envie de changer de cap s’impose.
« Cela faisait neuf ans que j’enchaînais les CDD. Quand mon lieu de travail a brûlé et que tout s’est arrêté du jour au lendemain, j’ai décidé de réfléchir à autre chose. »
Elle commence à explorer les formations autour du bois.
« J’avais repéré l’ébénisterie ou la tapisserie d’ameublement, mais la menuiserie offrait davantage de débouchés. Et comme j’ai aussi une maison à restaurer, c’était un peu gagnant-gagnant. »
Le plaisir de voir le résultat concret
Ce qui attire les deux stagiaires dans la menuiserie, c’est d’abord la dimension très concrète du travail.
« En menuiserie, on voit le résultat de ce qu’on fait », explique Gwendoline. « Mon meuble est là, devant moi. C’est très satisfaisant. »
Après des années dans un métier où les résultats sont parfois invisibles ou différés, ce changement est marquant.
« Quand j’étais infirmière scolaire, j’étais beaucoup dans la prévention. Je semais des graines sans forcément voir ce qu’elles devenaient. Ici, le résultat est immédiat. »
Julie évoque également le plaisir de travailler la matière.
« Rien que l’odeur du bois quand on entre dans l’atelier… L’environnement est très agréable. Et plus on découvre le métier, plus on voit toutes les possibilités qu’il offre. »
La formation permet aussi d’aborder le métier dans sa globalité : conception, fabrication, pose, adaptation aux contraintes du chantier.
« Il faut penser à tout : comment concevoir la pièce, comment la poser, comment s’adapter aux autres corps de métier. C’est un métier très complet. »
Trouver sa place dans un métier encore masculin
Dans leur promotion, elles sont trois femmes pour treize stagiaires. Pourtant, ni l’une ni l’autre n’a eu le sentiment d’être à part.
« Franchement, ça s’est fait très naturellement », explique Gwendoline.
« On est un groupe, tout simplement. »
Même constat pour les stages en entreprise.
« Je n’ai pas eu de problème particulier », confirme Julie.
Quelques remarques existent parfois, mais elles relèvent davantage de clichés persistants que d’une réelle remise en question de leurs compétences.
Julie se souvient par exemple d’une remarque sur un chantier :
« Un couvreur a dit à mon maître de stage : “Ah, tu as pris une femme pour nettoyer derrière toi ?”
Mon maître de stage lui a répondu : “Non, elle est stagiaire, donc elle fait le boulot de stagiaire et participe comme tout le monde.” »
Certaines idées reçues restent tenaces, notamment sur la question de la force physique.
Pourtant, les solutions existent.
« Il y a des équipements, on travaille en équipe, on s’entraide », expliquent-elles. « Et puis certains travaux demandent aussi de la minutie et de la précision. »
Un point reste cependant perfectible : l’équipement professionnel.
« Trouver des vêtements de travail adaptés aux femmes n’est pas toujours simple », souligne Gwendoline.
Prendre confiance dans ses capacités
Comme dans toute reconversion, la confiance se construit progressivement.
Gwendoline se souvient d’un moment marquant pendant la formation.
« Quand j’ai réalisé un escalier toute seule. Là, je me suis vraiment rendu compte de mes capacités. »
Julie, de son côté, évoque des moments de doute… mais aussi de nombreuses petites victoires.
« Il y a des jours où je me dis que je suis vraiment à ma place, et d’autres où je doute encore. »
Parfois, ce sont des gestes simples qui procurent la plus grande satisfaction.
« Rien que poser deux lattes de lambris qui manquaient, c’était déjà une petite victoire. On voit le chantier avancer. »
Encourager les vocations
Aux femmes qui hésiteraient à se lancer dans un métier comme la menuiserie, leur conseil est simple : tester.
« Faire une immersion professionnelle », expliquent-elles.
« C’est le meilleur moyen de se rendre compte si le métier nous plaît. »
Le choix de l’entreprise d’accueil compte aussi beaucoup.
« Comme dans tout stage, la bonne entreprise et la bonne personne pour vous accompagner peuvent vraiment faire la différence. »
Et pour Gwendoline, la dynamique est déjà en marche.
« La féminisation du métier est en cours. On voit de plus en plus de femmes dans la menuiserie. »
Preuve que les lignes bougent, doucement mais sûrement.
Vanessa : oser la reconversion dans un métier technique
Un nouveau départ motivé par un projet familial
À 39 ans, Vanessa David a décidé de changer complètement de voie. Ancienne caissière et opératrice dans la distribution automatique, elle possède un BEP Vente et un diplôme d’assistante comptable, mais aucun lien avec le bricolage ou l’électricité. « C’était une reconversion complète, je n’avais jamais touché à l’électricité », confie-t-elle.
Son projet a commencé avec son mari, électricien auto-entrepreneur, qui l’a encouragée à se lancer dans cette aventure. « Au départ, c’était pour qu’on puisse travailler ensemble, mais nos projets ont évolué avec le temps. Finalement, il a lui aussi changé d’activité, mais j’ai continué ma formation », raconte Vanessa. Ce projet initial a été le déclencheur, mais c’est sa motivation personnelle qui l’a menée jusqu’au CAP Électricien..
Une appréhension vite dépassée
Arrivée en formation en septembre dernier, Vanessa avoue avoir ressenti de l’appréhension : « J’avais peur de mal faire, de ne pas savoir utiliser les outils, de ne pas avoir le niveau ». Mais grâce à l’encadrement de la formation et à la pratique lors des stages, elle a rapidement pris confiance en elle.
Son premier stage, aux côtés de son mari, lui a permis de se sentir « très bien, à sa place ». Le deuxième stage, dans une entreprise de sous-traitance pour Naval Group, s’annonçait plus intimidant : un environnement majoritairement masculin et des tâches physiquement exigeantes. « J’ai été très bien accueillie et je n’ai pas rencontré de remarques sexistes. C’était physique, mais on n’a pas le choix : il faut s’accrocher et taper dedans », explique-t-elle.
Une expérience enrichissante et valorisante
Vanessa apprécie particulièrement la dimension technique et intellectuelle du métier. « On câble, on perce, mais il y a aussi beaucoup de réflexion. C’est un métier où il faut cogiter », souligne-t-elle. Elle se sent particulièrement fière lorsqu’elle réussit à résoudre une panne ou à mener à bien une tâche complexe : « Il y a eu un moment pendant la formation où je me suis mise à travailler plus sérieusement et j’ai réussi. J’étais vraiment contente de moi ».
Pour elle, être femme dans ce milieu peut aussi être un atout : « Peut-être qu’on est plus minutieuse. Mais ce qui compte surtout, c’est la persévérance et la motivation ».
Son message aux femmes qui hésitent
Vanessa souhaite encourager toutes celles qui rêvent de se lancer dans un métier technique : « Il faut oser et ne pas avoir peur de passer le pas. Tout au long de la formation, il peut y avoir des doutes, mais il faut s’accrocher : on finit toujours par y arriver ». Son parcours démontre qu’avec du courage, de la curiosité et de la détermination, il est possible de réussir sa reconversion, quel que soit l’âge ou le secteur d’origine.